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Parti
pris : ADN Connexion. Désacraliser
les mots ou briser les tabous ?
Sous-titre : Faut-il revisiter les mots chargés de symboles ?
Ndrl
- Cette chronique suit un ordre de progression
et un traitement particuliers. L'approche pouvant surprendre le lecteur non averti, nous
suggérons qu'elle soit lue jusqu'à son terme ou bien... ignorée !
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ADN
(Acide DésoxyriboNucléique)
Biologie -
cette molécule est le constituant des
chromosomes qui entrent eux-mêmes dans la
composition du noyau
des cellules vivantes. |
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Jusqu'où,
à partir d'une «
petite phrase », l'homme public peut-il se
permettre de
provoquer les
mots et concepts «
tabous », en particulier ceux qui ont
été, soit idéalisés, soit
élevés
au rang de symboles, autrement dit progressivement
détournés de leur
strict sens premier. Comment les
réapprendre, les redécouvrir, autrement dit, se les
réapproprier.
Jusqu'à quel point, à partir de la métaphore
ou du
prisme déformant (?)
et microscopique de l'inspiration lyrique ou poétique,
l'écrivain ré-assembleur de mots peut-il faire
progresser le débat ? Tentative de démonstration,
ci-après, par l'exemple.
Forme mise à part, à défaut d'y souscrire, êtes-vous prêt à la recevoir ainsi en
« pleine figure »... de style ?
Francis PONGE
* : le poète
" pris à
partie " dans une évocation revisitée !
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«
La
surface de l’ "Adn" est merveilleuse d’abord
à cause de cette
impression
quasi panoramique qu’elle donne : comme si l’on
avait à sa disposition
sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes.
Ainsi
donc une masse amorphe en train d’éructer fut
glissée pour nous dans le
four stellaire, où, durcissant, elle s’est
façonnée en vallées, crêtes,
ondulations, crevasses… Et tous ces plans dès
lors si nettement
articulés, ces dalles minces où la
lumière avec application couche ses
feux, - sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente.
Ce
lâche et froid sous-sol que l’on nomme "Adn" a son
tissu pareil à celui
des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des
sœurs siamoises
soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque
l’ "Adn" rassit, ces
fleurs
fanent et se rétrécissent : elles se
détachent alors les unes des
autres, et la masse en devient friable…
Mais
brisons-le (tabou) :
car l’ "Adn" doit être dans notre bouche moins
objet de respect que de
consommation » |
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***
Extrapolation,
façon contemporaine
:
Il est exact que le
texte original de Francis Ponge était légèrement
différent. A sont tour, il a subi une « évolution
génétique ». Qui n’en
connaît pas ? N'est-ce pas le sort des êtres vivants ? En
réalité, dans le texte du poète, le mot « pain » a été remplacé par son substitut de circonstance, l' « Adn »
Nous avons
utilisé ce texte pour sortir des polémiques de l'instant.
Nous savons qu'elles surgissent çà et là dans
l'actualité. Beaucoup d'entre elles naissent d'une
incompréhension sur la signification différente que, les
uns ou les autres, accordons à des expressions de la vie
courante.
En effet, certains mots ont été sacralisés. Par
conséquent, nous devons les manier avec précaution. Pour
mieux reprendre souffle dans un environnement saturé de mots et
de
polémiques
de l’instant, courons cependant le risque de la
déconstruction et de la
désacralisation d'une certaine forme de sacré. Un
héritage que nous pouvons, certes, reprendre à notre
compte, cependant non
sans en faire l’inventaire, sans le faire nôtre
après l’avoir dûment
passé au tamis de la réflexion, de la critique et
de la nouvelle «
appropriation » que nous en ferons.
Alors,
allons-y, déshabillons les choses (et les mots qui les
décrivent) des
couches de sédimentation successives dont nous (et nos
respectés
prédécesseurs) les avons
affublées. Certaines nous apparaissent
méconnaissables et travesties
après seulement
quelques dizaines d’années de vie.
J’entends
certains me répondre : « Mais, malheureux, vous
n’y pensez pas ?
Voulez-vous détruire quatre mille ans de civilisation
judéo-chrétienne
sans compter les outrages et dommages collatéraux que vous pourriez causer
? »
C’est vrai, avec la meilleure volonté du monde, seul ou avec l'aide de quelques-uns, nous n’y
réussirions pas. D’ailleurs, ce
n’est pas notre but.
Si vous vous
sentiez
menacés dans vos croyances ou certitudes, préféreriez-vous que nous prodiguions de « faux conseils. »
Par exemple, préféreriez-vous prendre appui sur les
"planches de
salut" proposées par tous les censeurs, donneurs de
leçons, moralisateurs, «
ordres de… » et comités en tout genre.
Tous ceux qui, sans vergogne, rappelent, en nos lieu et place, ce
qui est bon pour chacun... à défaut de
l'être pour l’Humanité !
Bien
entendu, il ne s'agit pas, ici, d'inciter à l'oubli les combats
du passé. Ils
ont eu
leurs causes et raisons d'être. Il ne s'agit pas davantage de
sous-estimer les
combats du
présent. Il s'agit de comprendre, en particulier ceci : en
toutes circonstances, les points d'ancrage ou références
qui sont les nôtres sont en
perpétuelle redéfinition et redéfinition
sous la nécessité
du regard
critique qu'il faut porter sur l'évolution de la
société.
Ainsi va la vie, en biologie et dans les
circonvolutions de la pensée !
René
Saens, 8 oct.-07
Addenda
du 10 oct.-07 : Déconstruction-reconstruction
(travail sur soi)
Comprenons-nous
bien : je ne suis pas en train de vous dire que vous ne devez plus
avoir, en aucune circonstance, ni tabou ni interdit. Je vous
suggère simplement de revisiter périodiquement
vos "tabous idéologiques
anciens" pour, le cas échéant, mettre en place
de meilleurs
"garde-fous" à votre propre réflexion.
Si un humble analyste prend la
responsabilité de prendre publiquement la plume (et Dieu sait si
c'est une responsabilité !), c'est qu'il ne souhaite pas vous retrouver "comme l'oiseau
tombé
du nid" affrontant un monde qui vous serait hostile.
Si
vous avez bien compris le sens des propos
précédents, en femme ou homme
majeur et vacciné que vous êtes, alors je
n'hésite pas à vous dire :
« Si vous ressentez cette force en vous, déconstruisez
et désacralisez tout ou presque : votre idéologie, votre
religion, vos croyances
ou incrédulités, vos idées
préconçues, vos haines, vos
ressentiments et vos
peurs. Désacralisez tout... pour mieux (vous) reconstruire.
Désacralisez
tout, sauf... VOUS-MEME, vos rêves et vos espoirs ! Concernant ces derniers, vous avez la
liberté et, même, la responsabilité
d'en changez si nécessaire, ainsi que d'en élever
le niveau
»
René
Saens, 10
oct.-07
NB
- Le terme de déconstruction est employé ici dans
le sens d'une remise
en cause critique en vue d'un nouvel assemblage des
références et
éléments
constitutifs du système de pensée
inhérent à tout individu.
En
effectuant un travail sur soi, il
s'agit en quelque sorte de briser le tabou de "sa propre remise en
cause" ("Ce n'est pas moi, c'est l'autre !" ou, façon
donneur de leçons et
culpabilisateur, "c'est la faute à... la colonisation, au
racisme, à
l'antisémitisme, à la France - livrée,
un certain temps, par des
parlementaires de droite et de gauche y-compris au Régime de
Vichy -,
etc.).
Notre définition se veut également
indépendante et libre de
toute
référence au concept de
déconstruction** développé par des
philosophes
ou pseudo philosophes plus ou moins abscons (mais n'est-ce pas le
propre des philosophes contemporains ?) ayant utilisé le
même terme,
mais dans un sens différent. (**) Allusion au philosophe
Jacques
Derrida ; nous reconnaissons cependant l'intérêt
de ses analyses lorsqu'il évoque la Justice et le
Droit.
*
Le début de cette
chronique reprend un texte de
Francis PONGE
(1899-1988), auteur du « Parti pris des choses
». Les mots
"pain" et "mie" ont été, dans le texte original,
remplacés par le mot
"Adn".
Le
développement précédent vise
à établir que rien n'est a priori bon ou
mauvais, bien que regardé à partir de
tel ou tel
prisme subjectif ou déformant. Tout
dépend de l'usage que l'on
en
fait.
Voici
donc le texte original de Francis Ponge, repris en début de
cet article, et à qui nous rendons hommage pour sa verve :
Le
pain
La
surface du pain est merveilleuse d’abord à cause
de cette impression
quasi panoramique qu’elle donne : comme si l’on
avait à sa disposition
sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes.
Ainsi
donc une masse amorphe en train d’éructer fut
glissée pour nous dans le
four stellaire, où, durcissant, elle s’est
façonnée en vallées, crêtes,
ondulations, crevasses… Et tous ces plans dès
lors si nettement
articulés, ces dalles minces où la
lumière avec application couche ses
feux, - sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente.
Ce
lâche et froid sous-sol que l’on nomme la mie a son
tissu pareil à
celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des
sœurs siamoises
soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le
pain rassit, ces
fleurs fanent et se rétrécissent : elles se
détachent alors les unes
des autres, et la masse en devient friable…
Mais
brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche moins
objet de
respect que de consommation.
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Voir
aussi les chroniques Solidarité
:
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