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Parti pris : ADN Connexion. Le sens des mots :
Désacraliser les mots ou briser les tabous ?
Chronique de René Saens,

Sous-titre :
Faut-il revisiter les mots chargés de (trop de) symboles ?

adn   ADN (Acide DésoxyriboNucléique)
Biologie - cette molécule est le constituant des chromosomes qui entrent eux-mêmes dans la composition du noyau des cellules vivantes.

"C'est dans notre ADN" entend-t-on dire parfois. Oui, mais de quoi s'agit-il ? Dans quelles circonstancss pouvons-nous sortir tel ou tel terme de son champ d'application biologique initial, de son sens premier ?.

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De même, jusqu'où, à partir d'une « petite phrase »,  l'homme public peut-il se permettre de provoquer les mots et concepts « tabous », en particulier ceux qui ont été, soit idéalisés, soit élevés au rang de symboles, autrement dit progressivement détournés de leur strict sens premier. Comment les réapprendre, les redécouvrir, se les réapproprier.?
   

Jusqu'à quel point, à partir de la métaphore ou du prisme déformant (?) et microscopique de l'inspiration lyrique ou poétique, l'écrivain ré-assembleur de mots peut-il faire progresser le débat ? Tentative de démonstration, ci-après, par l'exemple.

Etes-vous prêt à recevoir les mots « pleine figure »... de style ?      


Francis PONGE * : le poète " pris à partie " dans une évocation revisitée !
Cherchez l'intrus, le mot substitué (réponse à la fin du poème)

« La surface de l’ "Adn" est merveilleuse d’abord à cause de cette impression quasi panoramique qu’elle donne : comme si l’on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes.

Ainsi donc une masse amorphe en train d’éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où, durcissant, elle s’est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses… Et tous ces plans dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux, - sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente.

Ce lâche et froid sous-sol que l’on nomme "Adn" a son tissu pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque l’ "Adn" rassit, ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les unes des autres, et la masse en devient friable…

Mais brisons-le (tabou) : car l’ "Adn" doit être dans notre bouche moins objet de respect que de consommation
»

Réponse - Dans le texte précédent, il faut remplacer "Adn" par le mot pain pour redonner au poème toute son authenticité !

***
 
Extrapolation, façon contemporaine :

Substituer un mot à un autre, une idée à un autre ou associer une idée à un mot? c'est tout un symbole et ce n'est pas anodin.

La nature connait ses propres évolutions, les mots et le langage aussi. Ils subissent leur propre « évolution génétique ». Reste à savoir maintenant, quelle est la part des évolutions positiives et celle des évolutions négatives. En effet, des mots peuvent être sublimés dans le langage ou bien détournés à tord de leur sens premier.


C'est d'ailleurs vrai pour n'importe quel sujet, pouvant être soumis à toutes lss formes de discussion. Les polémiques de l'instant forment même la trame de l'actualité. La plupart du temps, elles naissent d'une incompréhension sur la signification différente que, les uns ou les autres, accordons à des expressions de la vie courante.

En effet, certains mots ont été sacralisés. Par conséquent, nous devons les manier avec précaution. Pour mieux reprendre souffle dans un environnement saturé de mots et de polémiques de l’instant, courons cependant le risque de la déconstruction et de la désacralisation d'une certaine forme de sacré. Un héritage que nous pouvons, certes, reprendre à notre compte, cependant non sans en faire l’inventaire, sans le faire nôtre après l’avoir dûment passé au tamis de la réflexion, de la critique et de la nouvelle « appropriation » que nous en ferons.


Alors, allons-y, déshabillons les choses (et les mots qui les décrivent) des couches de sédimentation successives dont nous (et nos respectés prédécesseurs) les avons affublées. Certaines nous apparaissent méconnaissables et travesties après seulement quelques dizaines d’années de vie.

J’entends certains me répondre : « Mais, malheureux, vous n’y pensez pas ? Voulez-vous détruire quatre mille ans de civilisation judéo-chrétienne sans compter les outrages et dommages collatéraux que vous pourriez causer ? »

C’est vrai, avec la meilleure volonté du monde, seul ou avec l'aide de quelques-uns, nous n’y réussirions pas. D’ailleurs, ce n’est pas notre but.

Si vous vous sentiez menacés dans vos croyances ou certitudes, préféreriez-vous que nous 
prodiguions de « faux conseils. » Par exemple, préféreriez-vous prendre appui sur les "planches de salut" proposées par tous les censeurs, donneurs de leçons, moralisateurs, « ordres de… » et comités en tout genre. Tous ceux qui, sans vergogne, rappelent, en nos lieu et place, ce qui est bon pour chacun... à défaut de l'être pour l’Humanité !

Bien entendu, il ne s'agit pas, ici, d'inciter à l'oubli les combats du passé. Ils ont eu leurs causes et raisons d'être. Il ne s'agit pas davantage de sous-estimer les combats du présent. Il s'agit de comprendre, en particulier ceci : en toutes circonstances, les points d'ancrage ou références qui sont les nôtres sont en perpétuelle redéfinition et redéfinition sous la nécessité du regard critique qu'il faut porter sur l'évolution de la société.

Ainsi va la vie, en biologie et dans les circonvolutions de la pensée !

René Saens, 8 oct.-07

Addenda du 10 oct.-07 :
Déconstruction-reconstruction (travail sur soi)

Comprenons-nous bien : je ne suis pas en train de vous dire que vous ne devez plus avoir, en aucune circonstance, ni tabou ni interdit. Je vous suggère simplement de revisiter périodiquement vos "tabous idéologiques anciens" pour, le cas échéant, mettre en place de meilleurs "garde-fous" à votre propre réflexion.

Si un humble analyste prend la responsabilité de prendre publiquement la plume (et Dieu sait si c'est une responsabilité !), c'est qu'il ne souhaite pas vous retrouver "comme l'oiseau tombé du nid" affrontant un monde qui vous serait hostile.

Si vous avez bien compris le sens des propos précédents, en femme ou homme majeur et vacciné que vous êtes, alors je n'hésite pas à vous dire :

« Si vous ressentez cette force en vous, déconstruisez et désacralisez tout ou presque : votre idéologie, votre religion, vos croyances ou incrédulités, vos idées préconçues, vos haines, vos ressentiments et vos peurs. Désacralisez tout... pour mieux (vous) reconstruire.

Désacralisez tout, sauf... VOUS-MEME, vos rêves et vos espoirs !
Concernant ces derniers, vous avez la liberté et, même, la responsabilité d'en changez si nécessaire, ainsi que d'en élever le niveau »

René Saens,
10 oct.-07

NB - Le terme de déconstruction est employé ici dans le sens d'une remise en cause critique en vue d'un nouvel assemblage des références et éléments constitutifs du système de pensée inhérent à tout individu.

En effectuant un travail sur soi, il s'agit en quelque sorte de briser le tabou de "sa propre remise en cause" ("Ce n'est pas moi, c'est l'autre !" ou, façon donneur de leçons et culpabilisateur, "c'est la faute à... la colonisation, au racisme, à l'antisémitisme, à la France - livrée, un certain temps, par des parlementaires de droite et de gauche y-compris au Régime de Vichy -, etc.).

Notre définition se veut également indépendante et libre de toute référence au concept de déconstruction** développé par des philosophes ou pseudo philosophes plus ou moins abscons (mais n'est-ce pas le propre des philosophes contemporains ?) ayant utilisé le même terme, mais dans un sens différent. (**) Allusion au philosophe Jacques Derrida ; nous reconnaissons cependant l'intérêt de ses analyses lorsqu'il évoque la Justice et le Droit.


* Le début de cette chronique reprend un texte de Francis PONGE (1899-1988), auteur du « Parti pris des choses ». Les mots "pain" et "mie" ont été, dans le texte original, remplacés par le mot "Adn".

Le développement précédent vise à établir que rien n'est a priori bon ou mauvais, bien que regardé à partir de tel ou tel prisme subjectif ou déformant. Tout dépend de l'usage que l'on en fait.

Voici donc le texte original de Francis Ponge, repris en début de cet article, et à qui nous rendons hommage pour sa verve :

Le pain

La surface du pain est merveilleuse d’abord à cause de cette impression quasi panoramique qu’elle donne : comme si l’on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes.

Ainsi donc une masse amorphe en train d’éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où, durcissant, elle s’est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses… Et tous ces plans dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux, - sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente.

Ce lâche et froid sous-sol que l’on nomme la mie a son tissu pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain rassit, ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les unes des autres, et la masse en devient friable…

Mais brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche moins objet de respect que de consommation.

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