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L'ALGERIE RÉCONCILIEE
AVEC ... ELLE MEME ? Chronique
de René Saens
Actualisation
2007 - L'histoire des Nations s'écrit chaque jour,... de préférence
avec une vue à long terme. C'est donc incidemment aussi le cas
pour les relations multilatérales ou bilatérales entre Etats. Ainsi, à
la faveur d'une élection, un changement peut-il être à l'origine
d'un renouvellement ou d'un "réchauffement" des relations
diplomatiques. De ce point de vue, quels seraient les nouveaux concepts
susceptibles de contribuer à apporter ce second souffle ?
Côté
français, et ce depuis juin 2007, cela pourrait se traduire par : A
nouveau
Président, nouvelles ambitions. Une telle "évolution" peut-elle rendre
"
caduque " nos analyses précédentes ? Non, s'il s'agit de dire que ce
sont en réalité les Peuples qui sont porteurs de ce dynamisme. Encore
faut-il que celui-ci soit accompagné ou précédé de mots d'ordre et
d'incitations politiques. En tout cas, une nouvelle
idée a été de lancée : la création d'une Union des pays de la
Méditerranée. Elle devra cependant encore faire son chemin dans les
esprits avant d'accoucher d'une réalité tangible.
Avril
2006 -
Depuis
l'écriture de cette chronique (en janvier 2005, soit
très
exactement seize mois
plus tard) ... et alors que les tensions entre les deux
pays semblaient devoir s'estomper, de nouveaux
éléments sont venus perturber l'histoire
des relations tendues entre l'Algérie et la France (au point
de
reporter sine die la signature d'un traité de
coopération
et d'amitié)
D'un
côté, des déclarations
à contretemps sur le rôle de la colonisation. En dépit des
apparences,
et pour tout historien digne de ce nom, la question demeure pourtant
relativement simple à formuler
:
à qui cette période coloniale (qui vient
malencontreusement de
refaire surface) a t'elle profité le plus ?
Réponse tout
aussi élémentaire à résumer, mais - semble t'il - plus
difficile à assumer pour certains : aux 10 % de colons d'une
époque révolue (et, à l'inverse, assez peu aux 90
% de l'autre frange de la
population, autrement dit aux hommes et aux femmes du peuple) C'est ainsi que, au fil du temps, des
rancoeurs réelles et tenaces ont pu s'installer.
Certaines subsistent encore
aujourd'hui. Elles
servent de point d'ancrage à des querelles
dépassées, mais toujours entretenues
(le plus souvent pour des raisons de politique intérieure) Tout cela
n'apporte bien évidemment rien à la
nécessaire et trop souvent difficile construction de l'avenir.
Début 2006 (sous la présidence Chirac), nous écrivions encore ceci : le
scénario qui se déroule sous nos yeux est encore fortement marqué par
le passé, celui de deux Présidents et de ce
qu'ils représentent : deux hommes d'un
siècle
révolu, aux réflexes trop souvent
sclérosés, et qui semblent désormais
manquer de
ressort, alors qu'ils avaient été, l'un et l'autre,
porteurs
d'espoirs
pour
s'engager sur la voie du meilleur pour leur pays respectif. L'un (le
Président Boutheflika), par opportunisme et
tentation rétrograde du culte de la personnalité
et du nationalisme exacerbé, l'autre (le
Président Chirac) aux repères devenus incertains,
miné lui-aussi par une incapacité de fin de
règne à démêler le
vrai du faux, à discerner entre soubresauts et
tendances de fond, entre surenchères et
véritables
enjeux. Le tout dans la quasi impuissance d'une diplomatie
française hésitante (Ndrl - représentée à l'époque par Philippe Douste-Blazy), manquant
à la
fois d'inspiration et d'imagination, quand ce n'est de
fermeté,
laissant libre cours à une
diplomatie algérienne qui, en l'absence de
véritables perspectives, se lance dans des calculs
hasardeux et révolus, qui ont pu fonctionner par le passé, mais
qui ne marchent plus (technique éculée de la
culpabilisation de l'ex puissance coloniale afin de faire monter les
enchères face aux autres puissances, dont les Etats-Unis).
Faute
de mieux (et en attendant mieux), laissons passer la caravane de la
discorde officielle. Cependant, devrions-nous rester passifs au point
de taire nos coups de gueule à l'adresse
des élites du moment qui
s'accrochent à un pouvoir qui s'effrite
sous leurs pieds ? Non, car nous ne sommes pas dupes des
réalités que l'on voudrait nous
présenter sous un
jour obscur ou trompeur. Les gouvernants en sursis
d'élections
devront compter avec le peuple et la jeunesse, c'est à dire
avec
celles et ceux qui, déjà,
construisent l'avenir et
qui, demain, l'assumeront.
De part et d'autre de la
Méditerranée, osons l'affirmer : une page
est
tournée, elle appartient désormais à
l'Histoire. A
chacun d'y trouver les leçons du passé. Le
présent
est tout autre. Osons revendiquer l'avenir, celui que - pour
une
bonne part - nous avons à écrire
ensemble.
Plan
de cette chronique
:
.
Des voeux à l'aube d'une ère nouvelle ;
.
Le respect allié à la liberté de ton
;
.
Les richesses de l'Algérie ;
.
Toutes les pages sont-elles, ou peuvent-elles être,
tournées ?
.
Grand angle et vision élargie !
L’Algérie : un pays
à la sensibilité à fleur de peau, qui
commence cependant à porter un autre regard sur la
diversité de ses composantes ethniques, linguistiques et
culturelles, ainsi que sur les valeurs individuelles de ses citoyens et
de sa jeunesse. L’Algérie : un pays
débordant d’envies et d’espoirs
contenus, qui, par manque peut-être de cette
nécessaire touche de confiance en lui-même se
réserve encore avant d’affronter les challenges du
présent et de l’avenir, comme s’il
attendait un nouveau signal fédérateur
d’énergies libératrices.
Après les blessures et plaies héritées
du passé (période coloniale, guerre de
libération, montée de
l’intégrisme et du terrorisme), ce pays pourrait bien
nous surprendre. Après s’être
reconstruit et retrouvé lui-même, de
même qu’après avoir payé le
prix d’une sécurité et d’une
sérénité à consolider,
pourquoi ne se découvrirait-il pas à son tour, et
avec d’autres, détenteur d’un message de
portée plus universelle : celui du dialogue des
civilisations et des cultures ? Une véritable
gageure pour ce pays qui fut terre d’élection
d’Augustin, l’évêque
d’Hippone (Souk Ahras, 354 - Annaba, 430).
Des voeux à l'aube
d'une ère nouvelle
En tout premier lieu,
ce sont nos meilleurs vœux que nous adressons à ce
grand pays du Maghreb qui semble entré, depuis quelque temps
déjà, sur la voie de la réconciliation
avec … lui-même, son passé, son
présent et son avenir. Pour nous, qui nous situons sur la
rive septentrionale de la Méditerranée, la
façon la plus spontanée de formuler ces
vœux est de les compléter par un amical
« Bonjour à
l’Algérie » et
à ses citoyens.
Nous le savons bien,
la République algérienne s’est
construite dans l’épreuve. C’est ce qui
lui permet, aujourd’hui, d’être plus
ferme dans sa volonté d’affronter les challenges
du troisième millénaire, en dépit de
quelques hypothèques qui subsistent encore.
Notre « Bonjour
»
est
également adressé sous forme de clin
d’œil en réponse à
l’émission diffusée sur Canal
Algérie et intitulée :
« Bonjour
d’Algérie » A
l’instar de cette émission, l’audience
d’une Algérie à la fois plus
communicante vers l’extérieur, plus
réceptive et plus tolérante, ne peut que grandir
au fil des jours, car elle aura elle-même bien davantage
à offrir et à recevoir. Qu’il nous soit
également permis de penser que, via les ondes et le
satellite, les électrons réceptifs que forment
les auditeurs et téléspectateurs servent aussi de
miroirs réciproques à nos pôles de
civilisation.
En adressant nos
vœux, nous tenons bien entendu à saluer tous les
précurseurs, apôtres ou prophètes du
Verbe et de l’Ecrit, sans oublier les journalistes de la
presse algérienne qui, en certaines circonstances, ont
payé un tribut à la liberté pour
apprendre à cultiver les nombreuses et diverses formes
d’expressions responsables qui fleurissent
aujourd’hui dans ce pays.
Le respect
allié à la liberté de ton
La
diversité de l’expression démocratique
constitue un bien précieux à
développer et à préserver. Elle va
bien au-delà des clichés qui subsistaient au
sujet de l’Algérie, un pays
profondément marqué par ses drames et ses
blessures du passé. C’est d’ailleurs ce
qui nous engage à apporter un point de vue qui ne peut
être ni distant ni indifférent.
Cependant, ce qui
paraît le plus important, ce sont les priorités
à traiter au présent, en ayant le plus grand
respect pour l’avenir que ce présent porte en
germe. La meilleure façon d’en parler, ce ne sont
pas les longs discours, mais les reportages et les
témoignages ancrés dans la vie de tous les jours,
ceux qui montrent les gens en train d’agir au quotidien, de
penser et de construire leur avenir.
La liberté
de ton, respectueuse des hommes et des femmes, et autant du meilleur de
la tradition que des nouvelles formes de pensée en
développement, permet aussi de faire des miracles.
Les
richesses de l’Algérie
Je pense que la
véritable force d’un pays résulte dans
la découverte de tout son potentiel et donc de la
réelle prise de conscience des qualités et des
richesses que ses filles et fils portent en eux. C’est
l’aptitude à réaliser avec ses propres
forces. C’est l’aptitude à avoir
confiance dans la possibilité de confronter - dans un esprit
de challenge et sans prétention exclusive - ses
réalisations à celles des autres Nations.
C’est aussi, pour chaque citoyen, la volonté
d’apporter une contribution au progrès
dû à son propre pays, de même
qu’à celui espéré pour
l’humanité ou, de façon
peut-être moins formelle, l’apport fait
à la Communauté des Nations.
Les reportages auxquels j'ai assisté, riches en diversité, en information,
voire aussi en distraction, mais exempts de futilité,
laissent supposer que l’Algérie est sur une voie
prometteuse, ancrée dans les aspirations de ses citoyens.
Les exemples sont nombreux : les nouvelles revues sur
l’habitat et l’architecture portent
témoignage de la
recherche et de la redécouverte de cet art de vivre
algérien qui mérite le plus grand
succès. Le fourmillement d’idées de
développement est là tout aussi
présent, tel que, si les conditions sont réunies,
des projets d’activités électroniques
associées à la production de jouets
éducatifs pour le marché intérieur et
extérieur. Hormis la référence à l'exploitation des ressources pétrolières, les exemples sont en effet nombreux.
Certains permettent, de façon très contemporaine,
d’assurer la filiation entre les côtés
positifs de la tradition (dont les archaïsmes seraient
exempts) et la faculté de s’approprier
l’avenir. Dans une telle perspective, les initiatives
culturelles n’ont rien d’un luxe superflu.
Je crois aussi que
l’Algérie, comme chacun de nos pays, peut recevoir
beaucoup de toutes celles et de tous ceux qui n’oublient pas
de poser des ponts, plutôt que des divisions, entre les
Hommes. Il en va ainsi de l’apport de ceux qui ont eu
l’audace de confronter leur expérience avec
d’autres, y-compris sur d’autres continents, et
qui, en retour et à leur manière, stimulent le
vent du renouveau intérieur. En l’occurrence, il
ne s’agit pas de choc, mais d’enrichissement des
cultures. Même dans le prolongement d’une crise
identitaire, nous pouvons comprendre (sans pour autant en excuser les
excès) que certains aient pu aimer se rassasier « jusqu’à
plus soif » du
nationalisme qui les habitait. Nombreux en effet ont
été ceux qui, depuis leur plus tendre enfance et durant tout le temps de la période
coloniale, ont été «
sevrés » de ce sentiment national que l'on pourrait
résumer ainsi : la
nécessité d'être fort, pour
soi-même et son pays.
Faisant
suite aux sentiments qui ont accompagné la montée
du nationalisme algérien (qui fut fondateur et constructeur des piliers de la Nation), il est
rassurant de penser que, aujourd'hui, une vie économique et
culturelle infiniment plus intense et variée vient se
substituer à la rigueur d'autre temps (qui furent
marqués aussi par la période du socialisme
à la soviétique). Bien entendu, les enjeux ne
sont plus les mêmes. Au cours des années, la place
de la jeunesse est devenue prépondérante.
En outre, rien ne
peut occulter les obligations d'un dialogue élargi. Compte
tenu que le coeur a ses raisons, et sachant que les sentiments ne sont
pas tenus de rendre des comptes à la politique, saluons les
groupes qui chantent leur vie et leurs espoirs en plusieurs langues,
que ce soit en arabe, kabyle, tamazigh, …
français, espagnol ou en toute autre langue. Il est inutile
de leur demander pourquoi. La réponse fuse, simple et
directe : « parce ce que c’est
comme çà ! » Le
commentaire que cela inspire l’est tout autant :
l’esprit créatif, « la voix
intérieure », a davantage besoin
d’expression que d’analyse.
Toutes les
pages sont-elles – ou peuvent-elles être – tournées ?
Je
l’évoquais à l’instant, le
présent porte en germe une perspective où
l’optimisme devient réalité. Cela
apparaît encore plus évident à tout
observateur (historien) qui porte un regard sans concession sur le
passé. Il faut cependant bien l'admettre :
l’avenir ne se construit ni sur des rancœurs ni sur
des blessures mal cicatrisées qui feraient qu’il
ne pourrait être aussi prometteur
qu’espéré. Sans pour autant oublier ce
qui ne peut et ne doit l'être, chacun doit demeurer conscient
de la nécessité de tourner quelques pages ou chapitres afin
d’aborder, dans une sécurité et une
sérénité retrouvées, les
nouvelles étapes ouvertes aux jeunes
générations.
En pensant
précisément aux plus jeunes qui auront
à construire le présent et l’avenir,
les croyants et les incroyants, hors distinction de convictions, seront
unanimes pour demander que leur soient épargné
les souffrances (externes ou internes) que leurs
aînés ont eu à affronter. Affirmer cela
ne suffit pourtant pas à conjurer tous les maux. Encore
faut-il avoir la sagesse partagée de tirer la
leçon des épreuves du passé. Les
Nations ont, comme les individus eux-mêmes, à
faire un travail d’introspection,
c’est-à-dire à faire leur deuil
(après en avoir tiré les conséquences)
des événements cruels auxquels elles ont
été confrontées, avant de les laisser
reposer sous le linceul de l’Histoire.
[A
ce propos, l’histoire récente n’a pas
encore livré tous ses enseignements. Les historiens et
sociologues qui la visiteront devront faire preuve
d'objectivité et de rigueur. Outre le respect dû
aux hommes, le devoir de mémoire ne donne sa pleine mesure
que dans la perspective de faire œuvre utile et
pédagogique] Une telle relation historique sort du cadre de
la présente chronique. Elle donnera lieu, le cas
échéant, à un développement
complémentaire.
Grand angle
et vision élargie !
L’Algérie
d’aujourd’hui est certes encore fortement
marquée par son histoire et ses traumatismes. Cependant,
elle sort grandie de ses épreuves, tant à ses
propres yeux qu’aux yeux de ceux qui l’observent,
la voient et l’entendent bien au-delà de ses
frontières. Une Algérie qui se retrouve dans la
diversité d’expression et la richesse de ses
composantes sera encore plus grande dans la réalisation des
challenges auxquels elle a à faire face, en interne et dans
la communauté des Nations.
L’Algérie
d’aujourd’hui dispose aussi de gisements
partiellement laissés en jachères. Ils forment
pourtant l’âme des diverses composantes du peuple
algérien. Ceux qui ont l’honneur et la charge de
présider à ses destinées se doivent
bien entendu d’y apporter les plus grands soins. Il en est
ainsi de ces qualités d’accueil et
d’hospitalité des Algériens qui,
au-delà des images et des bonnes intentions, voudraient
pouvoir ouvrir leur pays à la découverte, par des
touristes étrangers respectueux de leur sol, de leur culture
et de leur identité..
Cela
représentera sans doute un bien petit pas pour
l’humanité et son histoire passionnée
et passionnante, mais quelques pas de plus pour les hommes de bonne
volonté. Voilà donc des pistes et des moyens
parmi d’autres de remettre en service d’anciennes
passerelles de communication ou d’en assembler de nouvelles.
Quelques voies ouvertes à des échanges redevenus
plus fructueux !
René
Saens Chronique initiale écrite en janvier 2005, actualisée en avril 2006 et novembre 2007.
©
Annoncesno1.com - le magazine, 5
janvier 2005
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