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Devoir de mémoire au présent,
Chronique de René Saens
Chaque
année, à la même date (mi-novembre),
nous sommes quelques-uns à nous souvenir.
Nous n'avons pas le culte morbide du passé, car nous
privilégions le présent. Cependant, nous
souhaitons que, avant de se tourner, les pages du
passé puissent libérer leurs enseignements pour
le
présnt.
Plutôt qu'un souvenir, c'est un hommage que nous continuons
de rendre à cette fillette colombienne de treize ans, Omayra* Sanchez,
décédée dans des circonstances
tragiques le 16 novembre 1985. (*
prononcez O-ma-i-ra)
René
Saens rend ici hommage au courage hors du commun dont
elle a fait preuve. Comme
dans toutes les circonstances où le sort s'acharne sur
les plus humbles, nous avons décidé
de refuser toute fatalité.
C'est notre façon particulière de
témoigner. Nous préférons orienter notre souvenir actif en
direction des " encore Vivants
",
en particulier des enfants des pays en voie de
développement, confrontés à
la (sur)vie ou
à la mort.
Nombreux sont ceux qui, plus souvent qu'à leur tour, paient
un lourd tribut aux
circonstances naturelles hostiles ou trop facilement
invoquées
comme telles en
guise d'excuses pour ne pas leur prêter l'attention
nécessaire. Nous savons aussi qu'il
faudra aussi se poser les questions tabous, telle que la
maîtrise de la natalité dans les
régions les plus
déshéritées.
Il y a ceux
qui pourraient être sauvés... si la " gouvernance
internationale " voulait bien s'en donner les moyens, en
effectuant des choix plus volontaristes. Nous pensons en
particulier au doublement des aides au développement.
En
effet, nous
demeurons persuadés que des choix alternatifs
existent, même si
nous savons
bien qu'ils ne peuvent tout résoudre... Il faudrait aussi
remettre en
question l'expansion frénétique des
dépenses d'armement, de même
qu'envisager un transfert de ressources, au moins partiel, en
faveur du co-développement.
Ajout
du 5 février 2008 : ce poème est
dédié
à la fillette ou à l'enfant
d'Haïti qui, ce jour, ne recevra pour tout repas...
qu'une
galette faite d'un mélange de mauvaise farine et de
boue. Dans
le même temps, le Président des Etats-Unis (George W. Bush au moment
où nous écrivons ces lignes)
demandera au Congrès américain une rallonge de
cent quatre vingt
milliards pour son budget militaire (après lui
avoir déjà fait
faire un bond de 130 milliards l'année
précédente), le faisant passer
ainsi à six
cent milliards de dollars. A inscrire au livre des records dont nul ne
saurait être fier.
Les
écorchés vifs
«
Poème à Omayra » (*)
Les
écorchés vifs
Ont
le cœur à vif,
Et,
à fleur de peau,
Des
nuits sans repos.
Je vous dresse un tableau,
Dépouillé d’oripeaux,
Sorti d’une conscience,
Qui recherche confiance.
Que devons-nous savoir
De nos droits et devoirs ?
Il y a tous les maux
De ces hommes inégaux.
Quels sont les privilèges
Et autres sortilèges
Dont ils ne sauraient jouir,
Hors les peines à subir ?
Fillette qui se meurt
Bien loin de nos honneurs,
Dans le creux d’un trou d’eau,
Au fond d’un marigot :
Devoir porter secours
Est notre seul discours !
Bien des budgets de guerre
Concourent à la misère ;
Que l’argent donne le pain
Et tous les plaisirs sains !
Que le droit au savoir
Soit en notre pouvoir !
Des lois nous ont trahis
Pour prendre d’autres parties ;
Qu’une quête de Justice
Ressorte du précipice !
Restituons le bonheur
A tous les hommes d’honneur !
René
Saens,
* O-ma-y-ra est une fillette colombienne,
décédée dans les heures qui ont suivi
l’éruption du volcan Nevado del Ruiz, en novembre
1985. Son agonie - à la fois tragique et digne - a
inspiré les plus vifs sentiments de respect et de compassion
à tous ceux qui en ont reçu les images en pleine
figure. Son visage et sa mémoire survivent dans nos esprits.
Omayra
n'a pu être sauvée, faute de moyens de secours
disponibles et
appropriés, ni de leur mobilisation en temps utile.
Pourtant, elle ne
saurait être "morte pour rien", puisqu'elle nous interpelle
encore
aujourd'hui.
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