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OBAMA : entre victoire, espoirs et (dés) illusions, Chronique de René Saens

Ajout du 20/01/2009 : Le quarante quatrième Président des Etats-Unis, Barak Obama, a prêté serment au Capitole. C'est donc une page qui se tourne, pour les Etats-Unis et pour le Monde.

L'époque qui se clôt est celle d'une présidence que l'on peut qualifier de calamiteuse, celle de George Bush le texan. Ce dernier, primaire et obtus, a offert la caricature d'une Amérique centrée sur elle-même, aggravant les clivages et en prise avec d'anciens démons (réminiscences de tentations impérialistes ou dominatrices de l'ex gendarme du monde)

Certes, la période qui s'ouvre est celle d'un nouvel espoir, avec une redéfinition des ambitions et des projets d'une Amérique qui devra impérativement passer par la case " remise en cause ". En quelque sorte, une reconstruction des Etats-Unis à partir d'une situation fortement dégradée.

A n'en pas douter, l'Amérique reste forte par référence à ses valeurs que représentent, en particulier, les principes fondateurs de liberté, d'initiatives individuelles et de courage. Cependant, les challenges qui attendent Obama (et plus généralement les Américains) demeurent sérieux, en particulier sur le plan économique (économie sinistrée, endettement faramineux partargé par l'Etat et de nombreux ménages, déficit budgétaire en voie d'atteindre huit pourcent du Produit intérieur brut, système financier discrédité par les scandales, doutes sur la compétitivité industrielle...)

Autant dire que
la popularité du nouveau Président, autrement dit cette " obamania " toute neuve, va être confrontée, dès sa prise de fonction, à l'épreuve des faits et des réalités.


Au cours de l’analyse précédente –
 Etre Américain, plus qu’un état d’esprit ! –, nous avons cherché à comprendre comment l’état d’esprit pionnier avait pu façonner à ce point la jeune Nation américaine. Ces éléments de référence sont nécessaires à la bonne compréhension de ce que sont les Etats-Unis aujourd’hui, pour savoir d’où ils viennent et sur la base de quels critères se dessinent les nouvelles tendances qui émergent de cette société et de ce
« melting pot » en ébullition permanente.

Rappelons la question que nous nous posions au début de cette analyse, développée à partir des Etats-Unis et de la société américaine : « Comment évoluer entre choix de réformes à entreprendre et ressourcement idéologique ? »

Cela nous ramène, bien entendu, à un sujet d’actualité qui, par ses conséquences, va continuer à occuper le devant de la scène internationale au cours des années à venir : l’élection du nouveau Président des Etats-Unis, Barak Obama, ses implications et développements potentiels.

La victoire, électorale dans un premier temps, est porteuse d'espoirs et, aussi, de... désillusions !


Barak Obama, une victoire porteuse d’espoirs

Commençons d’abord par ce symbole fort que constitue l’élection du premier Président des Etats-Unis, d’origine afro-américaine.

Un espoir, incontestablement, puisque, dans le même temps, il « remet dans la course » pourrait-on dire, une part de la frange la plus fragilisée des treize pour cent de Noirs américains. Le « rêve américain » existe donc pour eux aussi. Obama en est l’expression, preuve vivante et personnifiée. Par delà le sentiment de fierté ressenti par cette partie de la population, le même message s’inscrit, aussi, dans l’esprit des autres minorités, latino-américaine et asiatique.

En réalité, il s’agit de la confirmation d’une évolution plus que d’une révolution, car les luttes décisives pour l’égalité des Noirs et la conquête de leurs droits civiques appartiennent, pour une large part, au passé (il y a plusieurs décennies déjà, elles ont été portées avec succès, en particulier par Malcolm X et Martin Luther King dont le « rêve » s’est concrétisé) Reste, bien entendu, à poursuivre leur inscription dans les faits ce qui, fondamentalement, n’est plus un challenge aujourd’hui, mais un combat qui requiert attention et vigilance. Il reste également un important travail à réaliser en matière d’éducation.

Second signe d’espoir : une autre façon de faire la politique, en dehors des affrontements frontaux et fratricides. Barak Obama a compris l’Amérique d’aujourd’hui et a assimilé son histoire. D’une certaine façon, de par ses origines bi culturelles (qui ne s'inscrivent pas dans l'histoire esclavagiste), il est l’homme, non pas de la synthèse, mais du dépassement des clivages traditionnels. Sa force et l'adhésion à son charisme résident dans sa capacité à rassembler, cela en dehors des calculs politiciens traditionnels. Son histoire est paradoxale. Si nous devions faire une comparaison, nous dirions qu’il est né « en dehors de la métropole », à Hawaï. Il a été élevé par des grands-parents Blancs et a du « réapprendre » l’histoire de « son autre moitié culturelle » Pour ce faire, il s’est « parachuté » lui-même dans les quartiers Noirs de Chicago (Imaginons que Ségolène Royal ou l’un de nos énarques aient eu l’idée d’aller « faire ses humanités » à l’usine pendant plusieurs années entre études à Sciences Po et Ena) Il s’est imposé, à la fois, une épreuve et un parcours initiatique qui traduisent une forme d’humilité et une volonté d’apprendre au contact du terrain. Il a su trouver un équilibre entre apprentissage et ambitions de progrès. L’acquisition de sa crédibilité, basée sur un esprit de dévouement certain, a été à ce prix.

Autre signe d’espoir pour de nombreux Américains, la possibilité d’offrir une meilleure image de l’Amérique aux yeux du Monde (point sur lequel la mandature BUSH aura été particulièrement désastreuse) Obama intègre une meilleure prise en compte des réalités du Monde (y-compris sur un plan écologique) Sa façon d’aborder les problèmes tranche avec cette arrogance, teintée d'auto suffisance voire d’égoïsme à tout crin, de l’Administration Bush. Elle lui permet de lever, en grande partie, la défiance qui s’était progressivement installée à la suite des « mensonges » et présentations tendancieuse de la propagande développée par les Conservateurs républicains. Ces derniers se sont montrés, le plus souvent, à la remorque des lobbies et corporatismes (pétrole, armes et financiers de Wall Street)

Signe d’espoir aussi pour une planète en attente de mesures en faveur de l'écologie. Barak Obama veut créer cinq millions d’emploi dans le secteur des économies d’énergie et des énergies nouvelles ou renouvelables. Une façon pour l’Amérique de rejoindre l’esprit du protocole de Kyoto, même si ce n’est pas formulé ainsi. En tout cas, un moyen de « libérer » les Etats-Unis de leur dépendance vis à vis du pétrole puisé au Moyen Orient. Sur ce point, il est en parfaite cohérence avec l’un de ses autres objectifs en matière de politique extérieure :

Signe d’espoir pour le retrait des soldats américains d’Irak. Celui-ci sera probablement plus étalé dans le temps qu'il ne l'a annoncé. Les Américains laisseront cependant derrière eux un pays dévasté, de nouvelles fractures confessionnelles, ainsi que – bien qu’ils n’en sont qu’indirectement responsables –, un « nettoyage confessionnel » des chrétiens d’Irak ; plus de la moitié d’entre eux ont déjà du s’enfuir (voir notre rubrique intitulée : Fait divers ? La mort d'un archevêque à Mossoul !? )

Signe d’espoir, également, pour une plus grande solidarité de la société américaine vis-à-vis de ses propres membres. A l’évidence, il s’agit d’une rupture profonde et d’une ligne de fracture avec les Républicains conservateurs. Barak Obama offre la perspective de la mise en place de « filets de secours » à l’attention des citoyens privés des ressources suffisantes. Plus fondamentalement, s’esquisse la mise en place d’une couverture universelle maladie et soins, un immense chantier en perspective (quinze pour cent de la population, soit plus de quarante cinq millions d'Américains ne disposent pas de véritable protection santé)

Enfin, sur le plan économique, une re dynamisation envisagée (ou, pour le moins, un arrêt de la descente aux enfers) par une politique d’incitation à la création d’emplois dans les petites entreprises et une attention portée aux nouvelles activités (mesures d’exonérations fiscales sur les bénéfices des sociétés)

Barak Obama symbolise donc tous ces espoirs, en leur conférant un esprit plus humain (et idéaliste), en ayant toutefois la prudence de recommander l’application de mesures pragmatiques et concrètes.

Tout cela suffira t’il ?

Une victoire porteuse d’illusions et de désillusions, aussi

Il faut laisser toute sa chance au nouveau Président élu, c'est l'évidence. Les intentions sont louables, nous l’avons vu. Pour leur part, les difficultés sont tout aussi réelles. Certaines promesses seront, à défaut d'être tenues, étalées dans le temps, d'autres sont d'ores et déjà porteuses de désillusions.

Cependant, il y a toujours quelque chose d’émouvant, voire de pathétique (nous sommes bien placés, en France aussi, pour le constater) à voir tant de gens faire preuve d'autant d'ingénuité, de naïveté même, à penser (sentiment d’ailleurs généralement entretenu par la démagogie des candidats) que, du jour au lendemain, leur sort va changer, comme par un coup de baguette magique !

J’ouvre, ici, une parenthèse pour vous faire part d’une
« révélation » : la réussite de chacun tient, en règle générale (si l’on veut bien oublier, un instant, les passe-droits), à plus de quatre vingt dix pour cent au travail dans lequel on s'investit, y-compris et surtout après une élection ! Tout ce qu’il faut espérer, c’est – essentiellement – deux choses : la première, que les décisions politiques qui seront prises ne viennent pas contrecarrer initiatives et possibilités d’épanouissement (un premier point, important s’il en est !) La seconde, c’est que ces mêmes décisions soient susceptibles de faciliter - un tant soit peu - nos possibilités de réussite, individuelles et collectives (second point, tout aussi indispensable pour conserver l’optimisme) Réducteur ? Réfléchissons-y ! Ecrire cela n'est pas condamner l'espoir, bien au contraire. C'est chercher à lui donner une autre forme et, surtout, un autre fondement. J'espère avoir, à l'avenir, l'occasion de développer ce thème.

Risque de désillusion pour les « victimes des subprimes » menacés d’expulsion. La trêve de quatre vingt dix jours proposée par Barak Obama ne suffit pas, à elle-seule,  à « remettre les compteurs à zéro »  Les difficultés financières et l’endettement individuel ne peuvent être effacés d’un trait (il en restera ou perdurera des conséquences regrettables, même après une éventuelle procédure de faillite)

Risque de désillusion pour les ouvriers « victimes des délocalisations » La mondialisation (voulue d’ailleurs par les Américains avec beaucoup d’insistance) est désormais un fait. Elle poursuit sa course. Les fermetures d’usines se poursuivront, peut-être en moins grand nombre, mais tout autant avec leur cortège de frustrations. La compétitivité du travailleur américain n’est désormais plus assurée. Le rêve de la domination économique américaine (ce qui ne signifie pas que l’Amérique est en train de s’écrouler, car la fierté et le potentiel demeurent) est fortement challengé. Il appartient désormais au passé. De nouveaux rapports économiques se créent et se développent (Chine, Inde, Brésil…) Le monde devient multipolaire.

Risque de désillusion pour des citoyens américains qui ont, longtemps, vécu à crédit et au-dessus de leurs moyens. Ils vont découvrir que le Monde, confronté à ses propres difficultés, n’est plus en mesure, ni disposé à leur prêter de l’argent aussi facilement (les déficits, commercial et budgétaire, demeurent considérables et non maîtrisés)

Risque de désillusion en matière d’immigration. Les deux candidats n’ont pas fait état de différence d’approche. Risque de désillusion, de la même façon, en matière de co-développement.

Risque de désillusion en Afghanistan. Même si, a priori, l’analyse de Barak Obama est pertinente (l’Afghanistan avant l’Irak), saura t’il « renverser le cours des armes » en favorisant le développement du pays (ce que George Bush a, pour sa part, complètement négligé) Dans quelles conditions les Alliés se sortiront-ils de cette « guerre » (terme que, ni le Ministre de la Défense, ni le Ministre des Affaires étrangères français n’ont encore eu le « courage » de prononcer) En réalité, le véritable risque au niveau mondial ne vient pas de l'Iran, société dont le niveau d'éducation de la population progresse très fortement en dépit de la persistance provisoire d'un régime obscurantiste, mais du Pakistan qui ne s'est pas encore affranchi de tous les démons générés par ses fanatismes politico-religieux.

Risque de désillusion en matière militaire, car Obama ne prévoit pas de diminution des effectifs. Au contraire, il prévoit même une augmentation de plusieurs dizaines de milliers de recrues. Toutefois, les affectations seront plus pertinentes et réorientées vers des tâches plus utiles, en intégrant une meilleure connaissance de l’environnement.

Risque de désillusion, aussi, pour ceux qui penseraient qu’il sera facile d’engager le gouvernement américain dans la voie d’une meilleure gouvernance mondiale (une bonne intention autant qu’une arlésienne qui refait surface à intervalles réguliers, en particulier à l’occasion de chaque crise)

C’est donc avec tous ces éléments, à la fois porteurs d’
« espoirs à transformer » et de désillusions qu’il faudra dépasser, que Barak Obama et son gouvernement auront à traiter.

Cela étant, nous disons volontiers : « Bonne chance, Monsieur le Président élu ! »

« - Yes, [you] can ! » Donner ou redonner l'espoir, oui, c'est nécessaire. Seulement voilà : saurez-vous faire comprendre à vos concitoyens que le succès de l'Amérique ne passe plus, désormais, par les mêmes standards, ni les mêmes recettes ? Saurez-vous faire rentrer dans le rang, une Finance américaine et internationale qui ne recherche plus son profit dans le succès collectif, mais dans l'accaparement et la spoliation ?

Le
« Rêve américain » a changé de nature, il consiste à jouer « plus collectif », à la fois à l'intérieur et à l'extérieur !

Notre tableau ne serait pas complet si nous n’évoquions un homme aux qualités certaines qui, à sa façon, a associé son nom à la hauteur de vue d’un débat démocratique exemplaire. Il a, lui-aussi, engagé ses partisans dans la voie du changement. Il s’agit de John MCCain.

René Rouzioux Saens,
Le 5 novembre 2008

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