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Ndrl
- Dans cette chronique, nous avons voulu
rendre hommage - à notre manière
- à quelques esthètes
de la
Chanson française
(les poètes chanteurs !)
ainsi que, incidemment, à
toutes
celles et à tous ceux qui ont puisé
à la
même source.
Qu'il
nous soit permis également d'avoir une pensée émue pour celles et ceux
qui, appartenant à d'autres cultures, sont
confrontés de par le monde - et face à une mondialisation bulldozer -
au même
phénomène d'aseptisation uniformisation. Ou, bien encore aux excès d'un
nationalisme outrancier qui, dans certains pays, voudrait réduire à
néant les langues régionales et les expressions ethniques... Nous te
saluons donc respectueusement, toi l'artiste... qui oses tour à
tour, soit porter le flambeau, soit protéger la flamme lorsqu'elle est
menacée aux heures les plus obscures et les plus sombres !
Bien entendu, chaque période a ses références et loin de nous l'idée de
donner dans la nostalgie. Nous voulons simplement témoigner du fait que, sans les artistes qui nous ont appris à marcher sur
des voies faites d'exceptions, nous n'aurions sans doute pas osé nous
aventurer, à notre tour et chacun selon nos aspirations,
en terra incognita. Ainsi soit-il : Temporel et "
poétiquement " incorrect ?
- Chronique de René Saens
Sous-titre : Récitation posthume (*) ou
l'Art de rendre hommage aux vivants,
avec,
en qualité d' invité d'honneur et lecteur
émérite, Philippe NOIRET. (*)
Aujourd'hui (nov.
2006),
en mettant à jour cette chronique, il nous paraît
bien
naturel de vous mettre, à votre tour, dans
la confidence. Rassurez-vous, il ne sera pas
question, ici,
de regrets éternels (le ton est tout autre), seulement de
quelques regrets fugaces, semblables au temps qui passe (car, fort
heureusement, nous pourrons - d'une certaine
façon - y pallier, ainsi que vous pourrez
le
constater à la lecture de cette chronique ; pour ce faire,
nous
allons d'ailleurs faire appel à votre imagination !) Nous
aurions en effet souhaité que Philippe NOIRET (disparu le 23
novembre 2006) ait pu, de son vivant et dans le cadre de ses
prestations d'acteur-interprête, prononcer l'hommage qui va
suivre. Dans
quel but effectuer
ce rapprochement
? Nous voyons à ceci deux raisons essentielles : la
première,
qui pourrait paraître anecdotique, nous autorise plus
facilement
cette
audace : les deux artistes (invités vedettes de cette chronique) sont
nés la même
année ; la seconde est cependant plus fondamentale
: nous savons que cet immense acteur - avec
sa voix de
stentor - excellait dans un exercice,
devenu, au fil des ans, si familier.
Alors ... à notre tour et en cette absence ou, plus
exactement,
présence regrettée, faisons appel à
notre
imaginaire : Imaginons la voix, imaginons les deux hommes face
à face, imaginons la scène. Ecoutons les
intonations et
... laissons-nous emporter par ce que nous entendons et pouvons
ressentir !
Plan
de cette chronique
:
. Quelles nouvelles ? .
" Carbone 14 " ;
.
Entre hier et après-demain, la survivance du
présent ;
.
Sus aux castrés du langage ! ;
.
Univers inexploré ;
.
Les voeux sont éphémères, l'hommage
atemporel ; . Eau
vive et ... Champagne à volonté ! Quelles
nouvelles ? Pas
de nouvelles … bonnes nouvelles : aux dernières
informations, le poète-chanteur était
toujours en vie, de même qu'à l'heure
où
nous mettons sous presse ! Grand bien lui fasse ! « Mais
alors » diront
certains : « Pourquoi rendre
prématurément hommage à un homme
dont les jambes et les neurones s’entrechoquent encore ?
» D’autres renchériront : «
Comment des hommes et des femmes qui osent parler d’avenir,
peuvent-ils
s’intéresser à cette période
du paléolithique de la chanson française ?
» « Ne feriez-vous pas mieux de vous
intéresser au sort des nouvelles stars
générations ? » « Carbone 14 »
Je veux bien vous faire une concession, valable seulement dans
l’espace-temps de ce bref moment introductif. Dans un monde
où tout va si vite, parler par exemple aujourd'hui de l'un d'entre eux,
Guy Béart, peut paraître «
daté au carbone 14 » En apparence seulement !
Tout abord, je refuse par avance de me joindre au chœur des
pleureurs et pleureuses qui se décident à se
pencher sur le talent et l’actualité
d’un artiste, au lendemain de l’instant fatal. Non,
il me semble que la messe doit être dite d’une
autre façon ! N’attendons donc pas, dans la plus
grande des passivités, le « grand chambardement
» de ses atomes, le moment où, las et
fatigué, il n’arrivera plus à faire
danser ses neurones !
Une remarque liminaire s’impose. La façon
intimiste dont Guy (Béart) a traité son
répertoire ne nous permet pas, dès lors que nous
voulons y être fidèles, d’avoir recours
aux grands principes inspirés par le vouvoiement.
C’est la raison pour laquelle, en vertu des grands
sentiments, nous ne saurions parler de lui à la
troisième personne. Entre
hier
et après demain, la survivance du
présent !
Nous le savons, … tu n’as pas choisi la
facilité. En décidant de jouer dans la cour des
grands, tu as délimité tes quartiers, choisi ton
camp, celui des « chansons d’hier et …
d’après demain » Toi
l’intemporel qui pouvait parfois se perdre au quotidien,
quelles concessions pouvais-tu faire au temporel, à
l’éphémère ?
Aujourd’hui, l’histoire
s’accélère : après-demain
sera bientôt … aujourd’hui !
Apprêtes-toi donc à faire revivre les lendemains
où on s’éveille en chantant !
Tes racines ont plongé dans le meilleur des substrats. Je
crois pouvoir affirmer que tu es le fils spirituel que Ronsard a
toujours rêvé d’avoir, le fruit de ses
Amours impossibles (le déroulement de l’histoire
nous laisse en effet supposer qu’il ait souhaité
en avoir un !) C’est ainsi que, le jour de ta naissance ou
peut-être même dès le jour de ta
conception, quelque muse bienfaisante t’a baigné
dans « l’Eau vive » de la
poésie. Ce prodige t’a permis de
préfigurer – comment dire ? – de
co-produire et d’engendrer à ta façon
une version moderne de Manon des sources.
Tout cela, c’était hier, mais
aujourd’hui ? Ce n’est pas la poésie qui
a changé, ce sont les gens et la façon
qu’ils ont de prononcer les mots qui ont changé (Avril 2008,
Ajout: C'est peut-être con à dire, mais il va falloir réapprendre la
poésie aux enfants ! Oubli regrettable des parents ou de l'Education
Nationale, ou bien des deux ?)
Désormais, te risquerais-tu à chanter «
Oh ! Gué, vive la rose » ? Tu pourrais
être poursuivi par quelque trublion de la pensée
qui soutiendrait avoir entendu « Oh ! Gai » ou
peut-être même « Oh ! Gay, vive la rose
» Probablement, n’oserais-tu plus
écrire du tout. En tout cas, rien de ce qui
n’aurait
été préalablement dûment
pasteurisé et codifié, rien de ce qui ne pourrait
être présenté sous
l’emballage le plus flatteur et le plus vendeur qui soit.
Vois-tu, je crois que les censeurs ont fait alliance avec les adeptes
de la « bien disance » Ils nous attendent au coin
du bois, prêts à bondir sur chacune de nos
syllabes.
Tu as connu le temps où l’on pouvait acheter des
billets de tombola au profit des « gueules brisées
» qui ne sentaient nullement insultées parce
qu’on les appelait ainsi. Depuis lors, les « culs
de jatte » de Brassens sont devenus des personnes
privées de l’usage d’un de leur membre,
tandis que, dans le même temps, les estropiés
devenaient des personnes à mobilité
réduite. Malgré toutes ces précautions
de vocabulaire, tous ces mots mixés en bouillie sous les
coups de pilon et le jargon des spécialistes de
l’accompagnement psychologique, tu peux le constater : le
nombre d’individus sous anxiolytiques et
antidépresseurs n’a jamais
été aussi élevé
… J’espère que ce n’est pas
ton cas. Sus
aux castrés du langage !
Ils ont voulu nous anesthésier avec leur langage
châtré. Ils ont voulu nous castrer, nous les
authentiques reproducteurs du langage. Peu importe ! Même si
nous devons rencontrer quelque difficulté
supplémentaire pour accorder nos rimes, rassures-toi, ils
n’auront pas nos « obélisques
» !
Rien ne t’aura été
épargné. Tout a été fait
pour que ton œuvre soit, après d’autres,
réduite à la portion congrue.
L’avènement des trente cinq heures
était censé mettre un terme au « turbin
» de l’ouvrier parisien. Même
à supposer « qu’on ait [plus]
d’argent » pour profiter du train-train des
lendemains qui dé-chanteront peut-être, est-ce
qu’On sera plus intelligent pour autant ? Est-ce que les
hommes pourront vivre heureux s’ils ne savent plus conter
fleurette dans l’immensité des verts
pâturages ? La Nationale 7, devenue simple
départementale, n’existe
déjà presque plus … même
s’il faut bien reconnaître que, sur ce
coup-là, tu n’y es pour rien. Que deviendra
Amsterdam ? Parions que les marins finissent par s’y ennuyer,
à supposer qu’ils y fassent encore escale. En deux
coups d’ailes, ils préfèreront
peut-être s’en aller en pèlerinage
à Toulouse, pour saluer un autre monstre sacré
(un autre « Airbus de la poésie
», j’ai nommé Claude Nougaro)
Tiens, si nous parlions d’un sujet tendre et douloureux
à la fois : dans nos vies sentimentales, les choses
ont-elles beaucoup changé ? Sont-elles plus simples ou
toujours aussi complexes ? Eclaires-nous donc de ta sagesse branlante,
celle que tes printemps successifs ont permis
d’éprouver ! En effet, sans pour autant dire que
tu avais mauvaise réputation, je crois savoir que tu
étais membre du club des mécréants qui
s’en sont allés, plus qu’à
leur tour, à la chasse aux papillons (Salut encore à
toi, poète
disparu !) Portons juste un regard sur l'homme : l'aventurier de
l’amour qui a refusé de se laisser
prendre au jeu de ses aventures !
Les « enfants de la télé » se
souviennent d’un soir où, jouant ton va tout sur
le « Grand échiquier » de la vie, ton
esprit « chancelant » et ton cœur de bois
se consumaient sous les yeux de braise de Marie Laforêt, au
risque même de tomber à court de combustible ! Encore un
message pour toi, le « spammeur des coeurs » : il
est probable que nombre de tes lettres enflammées ont
atteint leur destinataire, toutes n’ayant pas fini
« poste restante » ou... à la corbeille ! En ces temps
quasi-immémoriaux où les amours humaines
n’avaient pas encore leur
télé-réalité, la
révolution des mœurs n’avait pas encore
accompli ses œuvres. Oser écrire, en toute
simplicité, « qu’on est bien dans les
bras d’une personne du sexe qu’on n’a pas
» n’allait pas de soi. Bien que,
aujourd’hui, il te faille – du moins en partie
–, revoir ta copie. Ce genre d’atteinte aux bonnes
mœurs bourgeoises était pour toi mieux
qu’une simple audace, une audace naturelle dirions-nous, en
aucun cas un obstacle. Univers
inexploré
En scientifique consciencieux, tu as poursuivi tes études
sur « la Vénus mathématique »
Soigneusement couchées sur les pages de tes cahiers, tes
observations n’ont, à ma connaissance, jamais
été démenties à ce jour.
Sur un autre registre si je puis dire, et avec le même brio,
ton pinceau a donné vie et couleurs à «
la fille aux yeux mauves »
Dans un autre morceau d’anthologie, l’explorateur
des jardins exotiques et le découvreur de trésors
de Chandernagor a su restituer toute la splendeur des Comptoirs de
l’Inde,
sans jamais culpabiliser le moins du monde les descendants de ceux qui
n’y sont jamais allés !
Pourra t’on, un jour, aller plus loin ? D’ailleurs,
est-il nécessaire d’aller plus loin pour
découvrir le bout du monde ? (Même
s'il est inutile de rappeler que tes compositions sont antérieures à la
découverte
officielle du mont clitoridien, est-il nécessaire de
souligner que tu avais installé
le camp de base au pied du point G
? Pardon, ce n'était pas dans le texte originel)
Maintenant, comme Joachim, tu es rentré au bercail : çà t' suffit ou « Sam’s
suffit » comme dirait le
propriétaire du (grand) pavillon de banlieue que tu es
devenu !
Pour toutes ces raisons, et pour bien d’autres, je persiste
à penser que ton oeuvre constitue une
référence poétique. « Dans
ces conditions », il serait bien surprenant que ton
répertoire puisse continuer à laisser longtemps
de marbre ou à court d’idées la
« ménagère de moins de cinquante ans
» (et les autres, compte tenu de l'allongement de la durée de vie)
Tu n’étais certes pas un saint et je ne
prétends pas que tu le sois devenu ! Je ne suis
d’ailleurs même pas certain que tu
écrirais « saint » de cette
façon. En outre, mon intention n’est pas, ici, de
m’attarder sur les grands principes. Sur les grands
sentiments non plus d’ailleurs. Mieux vaut avoir en effet
à les vivre et à les faire vivre plutôt
que d’avoir à s’en souvenir.
Admettons-le : en certaines occasions, tu as pu faire souffrir. Tu en
as aussi payé le prix dans le silence qui fut le tien.
Supposons encore qu’un auteur-poète puisse
déborder de sentiments, y-compris contradictoires, peut-on
lui reprocher son impuissance à combler le puits sans fond
du besoin d’amour que la nature humaine lui
réclame pourtant à cor(ps) et à cri ?
Je voudrais également rendre hommage à
l’esthète, à l’amoureux du
beau, à l’ingénieur taraudé
par le démon de la poésie, bref à
l’homme hybride, presque au Léonard de Vinci de
l’humain. Bien avant tout le monde, tu as compris que le
béton de notre société pouvait se
fissurer, que l’édifice pouvait - d’un
jour à l’autre et si nous n’y prenions
garde -, s’écrouler tel un château de
cartes ou un château d’eau qui aurait voulu jouer
à la Tour de Pise ! Tu nous as mis en garde pour le jour
où, « faire le fou » paraissant normal,
il nous sera devenu difficile de distinguer le vrai du faux.
Tombés de haut ou tombés du nid, nous aurons plus
que jamais besoin de lucidité, celle de
l’« espérance folle » qui
continuera de nous accompagner dans la découverte des cieux
inconnus.
Tu n’as pas encore été « star
académisé » mais les choses vont
parfois … trop vite ! Souviens-toi à temps de
l’histoire de ceux qui ont voulu accaparer à leur
profit la source jaillissante, l’Eau vive sortie de
l’entropie de la montagne, celle destinée
à irriguer les plus beaux jardins. Il serait regrettable que
les roses et les œillets que tu as su cultiver avec autant de
soins soient un jour cueillis pour ne faire plus qu’une gerbe
de fleurs coupées ou, pire encore, un bouquet de fleurs
séchées. Tu mérites
assurément beaucoup mieux !
Bien que nos chemins ne se soient pas vraiment
croisés en ce monde, j’ai pourtant
l’impression de t’avoir déjà
rencontré. A quelques millionièmes de
secondes-lumière d’intervalle, et
n’étant pas du « sexe opposé
» au tien, je ne pouvais cependant pas tomber sous le charme
de ton regard.
Bien sûr, sachons rester objectifs. Il faut aussi
l’admettre : à chaque fois que tu es sorti de ton
domaine de compétences, comme tout un chacun, tu as pu dire
et faire des … (je ne prononcerai pas le mot, mais sache
que çà commence par un « c »)
Cependant, ce n’est pas ce que le Monde retiendra.
Les
vœux sont éphémères,
l’hommage atemporel
Encore un mot – impudique – à te dire :
« Nous t'aimons bien, tu sais, toi
l’artiste dont je parle au présent ... Nous
t'aimons bien,
même pour ta (trop
parcimonieuse) présence, celle
qui, envers et
contre tout,
continue de s'inscrire dans le présent de celles
et de
ceux qui te sont chers et qui souhaitent en témoigner !
»
Si j'avais un conseil à te donner, ce serait celui-ci, mais
je
pense que tu le suis déjà : Continues de rester
Z.E.N. !
Même si «
l’Eau vive n’est pas encore à [pacser]
» avec à la toute nouvelle chanson
française, tu verras : elle t’a
déjà fait de beaux enfants qui, à leur
tour, te donneront une belle descendance !
En attendant, je te souhaite une bonne actualité et une
«
Bonne année » (si je me
réfère à une
époque encore plus reculée de celle dont nous
parlons, les bardes auraient chanté « Au Gui,
l’An neuf ! ») … Eau
vive et ... Champagne à volonté !
Meilleurs vœux, donc, non seulement pour cette
année, mais aussi
pour toutes celles qui suivront celle déjà
entamée (comme la bouteille de champagne qui, bien que mise
au frigo, produit encore et toujours des bulles)
A défaut d’éternité, il y a
de bonnes chances pour que l’avenir et la
postérité t’appartiennent encore
longtemps ! «
Ah Men » ! Chronique
de René Saens, avec (en voix off) la participation
exceptionnelle de Philippe Noiret.
©
Annoncesno1.com - le magazine, 2005-2006
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