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Wall
Street : le « Casse » du siècle ! Chronique
de René Saens
-
voir aussi, notre chronique
intitulée Alerte récession
économique » !
de même que Euros et dollars... à gogo ! Pour
quellles finalités ?
-
Ndlr
– A l’origine de la crise financière
actuelle, nous trouvons la crise dite des
« subprimes » ou crédits
hypothécaires américains attribués
sans discernement, puis « titrisés
», c’est-à-dire revendus à de
prétendus « experts » en investissements
et institutions financières aujourd’hui en
difficulté.
En réalité, la «
crise des subprimes » a été l'un des
principaux révélateurs
d’une
crise traduisant des dysfonctionnements graves, ainsi qu'une absence de
contrôle ou de régulation suffisante
d'institutions financières laissées libres de
leurs agissements spéculatifs.
«
Contribuables de tous les pays… Unissez-vous ! »
Autant le dire
d’emblée, l’addition va être
salée… pour les épargnants,
retraités,
travailleurs et contribuables de... tous les pays !
La
révolution est en marche ! … A mi-chemin (ou,
plus exactement, à
mi-ornière) entre capitalisme et socialisme
d’Etat, les contribuables
vont être invités, non pas à la table
des négociations, mais des
recapitalisations. Le mouvement est enclenché : la
« socialisation des
pertes » va faire du contribuable un
associé-contributeur… un sauveur
de ceux qui, progressivement, mais sûrement,
étaient en train de lui
faire la peau à coup de délocalisations,
d’augmentations de charges et
d’exclusions du circuit économique ! Une partie de
l’humanité que l’on pensait pouvoir
évincer pour cause d’inutilité sociale
va pouvoir retrouver quelques
titres et lettres de noblesse… contributive.
En
d’autres temps, nombreux sont ceux qui auraient
été déportés pour
effectuer des travaux de terrassement. Aujourd’hui,
c’est plus simple :
tous ensemble, en restant ou en faisant du « sur place
», nous sommes «
invités » à nous atteler à
la tâche pour… « boucher les trous
» ! Un
climat pesant dont le tableau peut être dressé
ainsi : une forte
probabilité d’avoir à travailler plus,
pour une quasi-certitude d’avoir
à espérer moins. Bientôt, les
mêmes « maîtres à penser
d’un jour » ne
vont pas tarder à promettre à toutes celles et
tous ceux qui,
aujourd’hui, voudront bien contribuer qu'ils ne seront pas
oubliés ! Pas si
sûr.
Bref
retour sur un enchaînement de faits. A
l’origine, un emballement de la cupidité des
spéculateurs (ceux qui,
par l’entremise de leur génie inventif et de leur
suffisance, pensaient
pouvoir gagner - en une ou plusieurs nuits - ce que d’autres
s’échinent, au
fil des jours et de « plusieurs dizaines de vies »,
à grappiller à coup
de travaux répétitifs, d’efforts et de
sueurs. Deux mondes vraiment
aux antipodes l'un de l'autre. Evoquons d'abord celui des plus
nombreux. Pour eux, les
choses sont simples : l'activité économique
repose sur leurs épaules ;
elle est, en outre, le fruit d'un travail obstiné. A
l'opposé, le
monde des autres –
les
« happy few » –
dont l'activité principale consiste à
gérer une série
d’anticipations... de
gains
exceptionnels « dérivés » de
la vente « future » et hypothétique de
biens et services… pas encore produits (et dont,
d’ailleurs, on se «
fiche bien », qu’ils soient produits ou non un jour
prochain, car ce n'est pas le but premier)
Il y a
quelques années, en France, nous avons
été les témoins des signes
avant-coureurs d’un tel dysfonctionnement. Souvenons-nous de
la montée
en puissance de la bulle Internet (concomitante avec le
début de l’ère
Jospin), alimentée par des « petits
génies » médiatisés, aux
faces
d’anges ou de séminaristes prêcheurs en
devenir, à qui des bataillons
de curés de campagne ou de rabbins des villes auraient, sans
se poser
beaucoup de questions d’actualité,
donné le Bon Dieu sans confession
(en médaillon, et en « chaussette
trouée », Jean-Marie Messier, le
patron stratège du Vivendi de l’époque)
Quelle
différence avec les « braqueurs de banque
» ?
Dans
cette « crise de la finance », l’ampleur
du phénomène relègue au rang
d’anecdotes l’attaque du train postal
Glasgow-Londres en 1963
(seulement soixante dix millions de dollars au cours
actualisé) ou bien
encore le casse (« sans haine ni violence ») des
coffres de la Société
Générale à Nice, organisé
par un certain Spaggiari (tout juste une
trentaine de millions d’euros courants)
Posons-nous
la question : quelle différence existe t’il entre,
d’une part, les
braqueurs de banque d’hier (à qui il serait
injuste de dénier une «
certaine classe ») et, d’autre part, les banquiers
spéculateurs,
boursicoteurs et « casinotiers » qui, par milliers,
viennent –
aujourd’hui – hanter les nuits des
épargnants ? Voici une esquisse de
réponse : les premiers, agissant certes
illégalement, couraient de
véritables risques, tandis que les autres, plus habiles ou
plus malins,
en faisaient mille fois plus, mettant la loi à leur profit
exclusif,
pour agir sous couvert de l'impunité la plus totale.
Cette
comparaison nous fait penser au scénario d’un film
de Claude Lelouch («
Tout çà pour çà !
») où des « apprentis-escrocs
» se retrouvent jugés
par des magistrats (détenteurs d’une
autorité de façade) se
livrant à des actes les impliquant bien davantage
encore.
Voici, en France et parmi d’autres, une illustration
récente d’une «
escroquerie » savamment montée (avec la
bénédiction des autorités de
Bercy) : l’arbitrage rendu par un Comité
« ad-hoc », sous la
responsabilité d’un ancien président du
Conseil Constitutionnel,
accessoirement fort bien rémunéré,
réuni pour attribuer à Bernard Tapie
– parmi d’autres supposés dommages
– quarante millions d’euros pour «
préjudice moral ». Peut-on se permettre de
comparer une telle somme aux
quelques milliers d’euros péniblement
attribués à un modeste
justiciable qui, circonstance infiniment plus grave, aurait
à assumer
la perte de la vie d’un proche ?
La
« valeur du
travail » ou la redécouverte des «
fondamentaux »
Oui,
disons-le sans ambages, dans cette affaire, l’ «
escroquerie »
constatée est planétaire. Elle est
réalisée aux dépens de ceux qui,
soit pour vivre ou survivre, soit pour amasser quelques
économies, ont
travaillé âprement. Et pourtant, c’est
à ceux-là mêmes que l’on
envisage – une nouvelle fois – de faire appel.
Il ne
saurait être question, ici, de faire des amalgames ou de se
laisser
aller à une dérision facile. En effet, nous
n’avons, bien entendu,
rien contre l’argent proprement dit, ramené
à ses vocations et qualités
de valeur d’échange (contrepartie du travail) et
moyen d’épargne.
Cependant, il est temps de réclamer le droit de discuter de
son bon
usage (en particulier, lorsqu’il s’agit
d’argent public)
Notre
analyse est la suivante : cette escroquerie à grande
échelle a été
rendue possible et s’est produite parce que les
références réelles aux
biens et valeurs produites, de même qu’aux
règles élémentaires de
prudence, ont délibérément
été ignorées. Elle est, aussi, la
résultante d’une « fuite en avant
» des autorités
américaines dont
la
responsabilité incombe, en grande partie, à
l’ancien président de la
FED, le très adulé et manipulateur Alan
Greenspan*, qui s’est avéré
incapable de dénoncer et de contrer
l’accroissement exponentiel des
crédits en dollars et autres dettes accumulées
(à l'inverse, il l'a
favorisé, en particulier pour faciliter la
réélection de George Bush)
La débauche de promotions sur les crédits
à taux variable ou révisable et les
incitations faites aux particuliers de tirer des chèques sur
l'avenir
sont venues grossir le flot des autres dérives, celles du
déficit du
commerce extérieur et du budget américains,
alimentés soit par la "
planche à billets " (se traduisant par un surcroît
d'inflation), soit
par les Bons du Trésor souscrits par les " bons samaritains
" de
service, les financiers asiatiques et ceux des pays
pétroliers (qui,
eux-aussi, risquent maintenant de " désaler " à
leur tour) [*
Comparaison FED et BCE : il y a quelques semaines encore,
certains
- dont le Président de la République, sans doute
en recherche
d'inspiration ou de conseils - étaient favorables
à ce que la BCE (la
Banque Centrale Européenne) imite la FED (et donc son
laxisme) en
abaissant très sensiblement ses taux et que la Commission
Européenne
ferme les yeux sur un relâchement
souhaité des critères
d'équilibre économiques et financiers]
Une
terrible crise de confiance contre l’espoir d’une
prise de conscience
Ne
l’oublions jamais, l’économie repose sur
la manifestation d’une double
confiance : d’une part, celle que les individus ont dans
l’avenir
(phénomène d’anticipation) et,
d’autre part, de celle induite par la
solidité de l’économie
réelle. Dans le cas qui nous sert de
référence,
tous les repères de confiance ont été
enfoncés, pour ne pas dire
pulvérisés.
Dans
les mois et les années à venir,
la remise en cause est incontournable. Elle est, tout autant,
salutaire. Elle portera sur les mécanismes et, plus encore,
sur les
hommes
et leurs comportements. Dans les entreprises, il faudra revenir aux
notions forte de bonne gouvernance et d’éthique.
En quelque sorte,
c’est le retour aux fondamentaux que nous appelons de nos
vœux. Cette
démarche réaffirme le respect qu'il
convient de porter à l’égard
des agents
économiques, lesquels sont à la base de la
création des richesses (nous
parlons bien entendu à ceux qui, tous les jours, vont
à l’usine et au
bureau, à tous ceux qui – entrepreneurs et
salariés – s’évertuent
à
faire
fonctionner les entreprises au quotidien) Il convient aussi, pour
déblayer une bonne fois le terrain, de remettre en cause les
analyses
des « pseudo
experts » et/ou politiciens incompétents qui
encombrent la planète
médiatique.
Remise
en
cause du capitalisme ou fin du rêve américain ?
Assisterons-nous
pour autant à une remise en cause du système
capitaliste, dans sa
nouvelle version libérale ? Non, vraisemblablement pas, car,
comparé au
dirigisme d’Etat (de type soviétique ou
maoïste ayant, dans un passé
récent, bien davantage réduit et
opprimé le citoyen), le capitalisme a
fait la démonstration de son efficacité en
maintes circonstances. Le
libéralisme du vingt et unième siècle
se présente encore auréolé de son
label de « moins mauvais » des systèmes.
Pour autant, il faudra
cependant veiller à ce qu’il devienne «
meilleur », après avoir eu
l’humilité de reconnaître
l’obligation de s’amender, en
particulier par une meilleure efficience de sa fonction de
répartition
« economico-sociale », ainsi que dans sa
façon de redonner place à l’humain
(l’homme libre) qui sommeille en lui !
En revanche,
le « rêve américain » ou, plus
exactement, son mythe en sortira
sérieusement ébranlé. C’est
une remise en cause douloureuse qui attend
les Etats-Unis. Jusqu’à maintenant, ceux-ci
s’étaient habitués à
être
les « référents » en
matière de réussite ou de
prospérité économique et
financière. A ce titre, ils avaient cru pouvoir vivre
quasi-éternellement à crédit, en
tirant des « chèques en blanc » sur
une planète soumise à une forme
d’impérialisme de la pensée qui ne
soufrait quasiment aucune critique. C’est donc le
dur retour
à une réalité…
qu’il va falloir assumer et payer, en grande partie,
comptant !
René
Saens,
Le
29 septembre 2008
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