Novembre
2011: Aide à l'enfance, à l'éducation
et au développement ; Hommage
à Omayra.
Plus de « Vingt
cinq ans déjà
» : un anniversaire à marquer d’une
pierre blanche ?
L'histoire
émouvante d'Omayra Sanchez, racontée
par René Saens.
En racontant cette histoire, l'auteur met ici le lecteur face à des choix et invite à l'action :
Que faut-il promouvoir : l'aide humanitaire à court terme ou bien l'aide au développement ?
Ndlr
- Cette
chronique (écrite en novembre 2004) conserve toute son
acuité et toute sa force. Elle relate
l’histoire
d’une fillette colombienne : Omayra Sanchez qui, faute de
moyens appropriés pour la sauver, a disparu dans des
circonstances tragiques (éruption du Nevado del Ruiz
mi-novembre 1985).
Par-delà cette histoire
particulièrement émouvante, l'auteur nous
invite ici à oeuvrer au renforcement de la
coopération et de la solidarité internationale.
Le but
affiché est de contribuer au développement
écononomique et culturel dont les populations de
pays
en devenir sont encore trop souvent privé.
Les
phénomènes dits 'naturels' (séismes,
éruptions volcaniques, tornades,
inondations, sécheresse...) sont parmi les plus
impressionnants
que l'on connaisse. Ils peuvent occasionner des dommages importants
lorsqu'ils frappent le centre ou la
périphérie des
zones habitées. Les médias nous en
rendent
compte avec force d'images et de reportages (à
l'inverse,
ils peuvent parfois en faire une relation 'a
minima' lorsque
les 'priorités' de l'information sont ailleurs)
Aujourd'hui, nombre d'événements se
déroulent pratiquement 'sous nos
yeux'. Les débats
auxquels ils donnent lieu, ajoutés à leur présentation
'en direct', en font de véritables sujets
et faits de
société. Pour une part, ils traduisent
les enjeux et
défis auxquels notre monde contemporain est
confronté. A ce
titre, ils nous interpellent. Devons-nous en rester
les
spectateurs passifs et impuissants ou avons-nous un rôle
à y jouer,
par exemple en amont pour s'en prémunir ou en aval pour en
réduire
les effets ? L'histoire d'Omayra Sanhez
racontée ici pose, selon nous, trois séries de
questions essentielles :
1)
Pouvons-nous dépasser l'effet "voyeurisme" (choc des
images et des photos) et entrer dans une
véritable réflexion ?
Présentée d'une
autre façon, l'interrogation porte sur la signification des
événements dont nous sommes les
témoins proches ou
lointains. Quels enseignements devons-nous en tirer ? ;
2)
Malgré les "avertissements" reçus
(qu'il s'agisse de phénomènes naturels ou de
crises), est-ce que le 'nécessaire' est
réellement entrepris pour protéger les
populations les
plus
exposées ?
3)
Que faut-il faire pour que, dans leurs pays respectifs, les enfants disposent
de véritables chances
d'accéder à l'éducation qui
leur permettra, par la suite, de s'affirmer et de vivre dans la
dignité ?
Prémonition,
coïncidence ou rappel à notre bon souvenir, ces
questions méritent notre attention. Il ne suffit pas de
susciter la compassion. Nous devons, aussi, apporter
des notes d'espoir.
Dans
cette présentation, nous ne nous engageons pas dans une
chasse aux coupables. Ce n'est pas en
ces termes que nous posons la question qui nous paraît
centrale. Nous préférons la
formuler ainsi : sommes-nous suffisamment
prévoyants, c'est-à-dire nous donnons-nous les
moyens de faire face à notre
environnement naturel, économique ou encore social ?
Nous savons que certains éléments naturels sont
plus difficilement prévisibles ou maîtrisables,
tandis
que
d'autres mettent indéniablement en jeunotre
responsabilité
collective
(par exemple, le réchauffement de la planète et
ses
conséquences les plus marquées, telles que
tempêtes, inondations, tornades...dont nous constatons la
recrudescence)
Il y a
quelques
dizaines d'années,
le combat pour la préservation de la planète
(sous-entendu, aussi, de l'homme sur cette
planète). était assez peu
évoqué.
Aujourd'hui, cette question figure au nombre de nos
priorités.
Cette prise de conscience, bien que tardive, sera t'elle salutaire ?
L'histoire d'Omayra Sanchez (prononcer O-ma-y-ra) ne se rattache pas
seulement à l'Amérique du Sud, le continent sur
lequel elle s'est déroulée. Cette histoire a une dimension
universelle.
Nous en retirons l'idée principale suivante
: l'aide
à l'enfance, à sa protection et au
développement
de l'éducation doit ou devrait focaliser davantage
notre attention.
C'est le sens de la présentation et de l'action que nous
développons ici. Plan de la
présentation
:
. Message de René
Saens sur la signification d'une telle évocation ;
. Le destin
tragique d’Omayra ;
. Etre les maillons d’une chaîne de
solidarité et d’espoir ;
. Restons mobilisés en faveur du développement !
. Des moyens pour agir.
Nb - Cette présentation
inclut également un texte intitutlé : Poème
à Omayra
Le
destin d’Omayra - Un souvenir
inscrit dans nos
mémoires
En
ce jour de novembre 1985 (très exactement à la
mi-novembre), nous
étions nombreux à recevoir « en plein
visage » des images parvenues d’une
contrée éloignée
d’Amérique latine. Elles avaient
été filmées quelques heures plus
tôt
sur les contreforts de la Cordillère des Andes. Une partie
de la montagne, formée par le volcan Nevado del Ruiz, venait
– littéralement – d’exploser,
projetant dans les vallées avoisinantes boues et cendres
mêlées qui se répandirent en fleuves et
torrents dévastateurs.
Là, au milieu du déluge de gravats et
d’eau qui devait progressivement l’ensevelir,
reposait déjà le corps d’une fillette
colombienne âgée de treize ans : Omayra Sanchez.
Les rares reporters présents - ou qui venait
d'arriver sur les lieux -, fixaient des images de
désolation.
Elles laissaient
entrevoir la gravité de la tragédie qui
s'était
déroulée dans les heures qui avaient
précédé. En cet instant,
nous ne pouvions
cependant en deviner toute l’ampleur, faute d’un
commentaire approprié qui ne viendra que bien plus tard.
L’éruption volcanique fera en
définitive plus de vingt mille victimes, en majeure partie
des habitants de la vallée d’Armero.
Pour Omayra, venait de commencer une agonie qui durera plus
de deux jours (et qui prendra fin le 16 novembre 1985) ! Elle y fera
face avec courage et dignité,
sans jamais maudire le sort cruel qui lui était
réservé. Ses dernières paroles furent
pour sa famille et pour sa mère.
Je me souviens m’être posé une question
à laquelle je ne devais trouver des bribes de
réponse que bien des années plus tard :
« A t’on le droit de filmer ou de photographier de
telles
scènes ? » La fillette se tenait en effet debout
dans un trou d’eau, les jambes inexorablement prises dans un
enchevêtrement de poutres qui, tout en formant
étau, la retenait prisonnière. Seule sa
tête réussissait à
sortir de l’eau. En
filmant la scène, n’était-ce pas
ajouter de la cruauté à une situation
insoutenable ? Au lieu et place du photographe, quel «
spectateur » n’aurait pas
préféré laisser tomber
spontanément son appareil, pour effectuer à mains
nues une tâche probablement vouée à
l’échec, consistant à contenir la
montée des eaux, afin que le souffle de vie puisse animer le
corps de cette fillette, pendant quelques minutes encore ? …
Il est de ces visions qui ressemblent à des cauchemars que
l’on voudrait oublier au prix d’un effort
surhumain. Est-ce par faiblesse devant l'épreuve ? Ou bien,
est-ce parce que l’on ne pourrait vivre, - ou même
survivre - en ayant trop souvent à l’esprit les
scènes qui témoignent des souffrances du monde ?
Je pense qu’il faut du temps, non pas pour oublier, mais pour
faire resurgir des images repoussées dans les limbes de son
inconscient. Pris par la vie qui continuait,
c’était mon cas. J’avais quasiment
retiré de mes pensées aussi bien le souvenir du
lieu que les faits eux-même. Je n’avais
même pas retenu, ni même cherché
à retenir le nom de cette fillette, bien que son image soit
revenue me hanter à plusieurs reprises au cours des
années. Moi-aussi, je m'étais " endurci ".
J'avais cru bon de m'abriter derrière la carpace que je
m'étais forgée !
Et puis, il y a eu cette période plus récente, au
tournant de ce millénaire. Je l’estime
privilégiée entre toutes,
car je me suis accorder le temps de revisiter les plaies dont je
ressentais encore les
cicatrices. Curieusement, je les ai retrouvées, non pas
intactes, mais comme
transcendées par l’apaisement d’une
conscience mieux en mesure de les analyser et de les affronter.
Plus précisément, je me souviens de
l’un de ces jours, qui se situe au début des
années
2000. Pris par
l’écriture d’un texte, je cherchais
à remettre en perspective
des évènements dont
j'avais été, non pas le témoin,
mais le
spectateur impuissant.
J’ai revu soudain ces images que, inconciemment, je
croyais enfouies au plus profond de mon
esprit. Pourtant, je ne pouvais imaginer qu'elles m'aient
définitevment quittées. Au moment où
ces images sont revenues, j'ai eu
l’impression que je devais partir à la recherche
de
quelque
chaînon manquant. C'était davantage
qu'une introspection ; c'était comme repartir
à la
recherche d'une
filiation en ignorant presque tout des réponses
qu'elle allait bien
pouvoir apporter.
Le hasard a voulu - mais peut-on parler de hasard ? – que le
surlendemain, je me sois trouvé devant mon poste de
télévision. Je regardais une
émission dont j’ignorais le contenu et la
programmation. Diffusée sur une chaîne publique,
elle évoquait et retraçait des faits
marquants qui s’étaient
déroulés au cours des deux décennies
précédentes. Un photographe, Frank Fournier -
l’un de ceux qui avaient assisté au drame qui
s’était déroulé en Colombie
en 1985
-, faisait partie des invités.
C’est alors qu’il m’a
été donné de comprendre que cet homme
n’avait pas été le spectateur passif
que j’avais craint. Faute de moyens pour agir, il
n’avait pu délivrer autre chose que …
son témoignage d’une rare
intensité.
Pour ma part, je venais de replacer un nom sur un visage : celui de " O
ma y ra ". Après bien des années, je venais de
retrouver des raisons d’apaiser une conscience qui me faisait
encore ressentir quelque douleur. A l’époque,
j’avais certes regretté de n’avoir pu
rien faire. Que valait cependant un constat d’impuissance,
même accompagné de quelques
éléments de réponse
destinés à mieux « faire son deuil
» ?
Le plus important était ailleurs. Dans mon esprit, Omayra ne
pouvait être morte pour rien.
L’éventualité de cette
pensée représentait, à elle seule, une
nouvelle injustice potentielle.
Etre
les maillons d’une chaîne de solidarité
et d’espoir
Comme je viens de le rappeler, mu peut-être par
une forme de
prémonition, le souvenir du drame vécu par cette
fillette m’était revenu à
l’esprit. Voulant le faire connaître,
j’avais ressenti le besoin
d’écrire un texte intitulé
dans un premier temps : « les
écorchés
vifs » Ce texte venait de retrouver son véritable
titre, en forme de dédicace :
Cependant,
une question restait en suspens. Comment trouver une
explication à des événements tragiques
qui, par définition, n’ont pas de raison d'avoir
lieu ? Sans
prétendre me poser en donneur de réponses, je
voudrais seulement affirmer ceci :
«
La fatalité ne doit pas être. Tout ou presque se
résume à une question de moyens »
Les
habitants des " contrées
oubliées " ont, bien évidemment, les
mêmes droits que ceux des pays
développés
à disposer d’infrastructures pouvant leur assurer
éducation, développement et bien-être.
Ils ont tout autant besoin de dispositifs de
sécurité publique qui, à
défaut de prévenir, peuvent, pour une large part,
remédier ou atténuer les conséquences
des accidents et autres coups du sort. Enfin, lorsqu'elles
sont touchées, les
populations
doivent,
aussi, pouvoir compter
sur la
solidarité internationale »
Osons même le raisonnement suivant : « Si chaque
année dix pour cent des
dépenses budgétaires mondiales
allouées aux armements étaient
consacrés à l’aide au
développement (en particulier aux infrastructures vitales
pour les populations à qui elles manquent cruellement), nous
pourrions dire que la question du sous-développement est
pratiquement réglée ou sur la bonne voie !
»
Vous répondrez peut-être : «
Voilà bien un voeu ou un rêve pieux ! »
Réfléchissons-y cependant, même si
beaucoup ont le sentiment d’être
démunis face à l’ampleur
d’une tâche qui, il faut bien l'admettrre, ne
retient pas – sauf exception
– les faveurs de l’Audimat !
A l’heure où j’écris ces
lignes, il n’est donc pas certain qu’un tel appel
sera - non seulement entendu - mais répercuté
comme il me parait souhaitable qu'il le soit. Il est pourtant
nécessaire
que des actions soient engagées,
que de nouvelles chaînes de solidarité voient le
jour. Cette confiance, nous devons l'avoir à
l’égard de mes concitoyens (français,
européens et au-delà.) Faire appel à
leur sens
des responsabilités ne m'apparaît pas
être un vain mot !.
Comment
rester mobilisés dans l'action en faveur du
développement ?
Nous
ne voulons pas être - seulement - des adeptes des
commémorations. Il vaut mieux que nous soyons des artisans
d'une
action qui nous fera déboucher sur un avenir meilleur.!
Les événements tragiques qui
viennent d’être rappelés
ont plus de vingt ans :
un
anniversaire que Omayra n’aura jamais pu fêter
auprès des siens !
Au-delà du souvenir, c’est donc - plus encore - un
regard
constructif que nous tournons en direction d’un
continent ami,
plus souvent éprouvé qu’à
son tour..
Davantage qu’une commémoration, cette
évocation vise une
sensibilisation des esprits. Le moyen,
à la
fois le plus simple et le plus efficace, d'y parvenir est
de soutenir l'action de celles et ceux qui
s'investissent,
directement sur le terrain, pour faire éclore des projets de
développement.
Des
moyens pour agir
Notre
action ne peut être guidée que par une
volonté de faire œuvre utile. Il ne
s’agit pas de développer une culture
d’assistanat, d’apitoiement ou de
misérabilisme. A
l’inverse, il faut
prendre appui sur de nouvelles images positives.
Même si la
nature se montre parfois hostile dans certaines régions,
n’omettons pas de souligner aussi, à chaque fois
que
cela est possible, le caractère exceptionnel, souvent
grandiose et pittoresque de l’environnement. Nous n'oublions
pas que, ce
qui compte le plus, c'est le travail et le courage des habitants de ces
contrées. De telles
évocations doivent être, pour nous aussi, sources
de découvertes et de rencontres. Nous devons donc trouver
l'occasion de faire connaître et apprécier la
qualité du travail qu'ils fournissent, ainsi que
les richesses de leurs cultures !
Programme(s)
proposé(s) ?
Priorité
aux petits ruisseaux qui font les grandes rivières.
Nombre de participants et d'acteurs du
développement ont
besoin de recevoir le « coup de pouce » nécessaire et décisif qui
leur permettra de mettre en oeuvre les
projets en
attente. En voici
quelques exemples...qui pourraient
progresser plus rapidement : dispensaires, hangars pour
coopératives agricoles, financements associatifs (Ndlr
- microcrédits), centres de
nutrition pour enfants, lieux de vie, livres et fournitures scolaires,
etc...
Cependant, le volet qui nous paraît le plus important ainsi
que
le plus porteur d'espoir concerne la protection de l'enfance
et
son accès à l'éducation. En
effet, de
l'éduction naît, non seulement l'aspiration
à la
liberté, mais aussi l'expression et à la
réalisation de soi. Elle permet, à terme,
à chaque
individu d'assumer ses propres responsabilité et de se
prendre
en charge dans une société à la fois
plus
apaisée et plus prospère.
Pour accompagner cette démarche, nous faisons
confiance
et soutenons celles et à ceux qui – bien
évidemment sans armes,
mais dans l’honneur et la dignité –
« combattent » pour un avenir meilleur. ils le font
pour
leur propre bien-être et celui de leurs concitoyens. Il faut
pouvoir intégrer aussi à cette action
tous les Etats
qui seront amenés à prendre une part plus
significative
dans l'aide au développement. R.
Rouzioux-Saens,
Ce texte a fait l'objet d'une première publication en
novembre
2004 ; une reformulation et des précisions
complémentaires lui ont été
apportées les 3
et 5 octobre 2011.